Comment faire les joints d’un zellige
Le zellige impose une attention particulière aux joints, tant pour l’esthétique que pour la durabilité. Le mot-clé principal, zellige, s’applique ici autant au choix de la couleur des joints qu’à leur largeur, au mortier utilisé et à l’étanchéité finale. Une pose soignée des joints transforme une surface en un panneau vivant, fidèle à l’artisanat traditionnel de Fès.
Les carreaux faits main présentent des variations d’épaisseur (environ 12 mm), de teinte et de bords biseautés. Traiter correctement les joints suppose de planifier la préparation, le calepinage, la sélection du mortier et les gestes de nettoyage pour obtenir une finition stable et lisible.
Cet article est rédigé par Léa Bertolini, mosaïste formée à Spilimbergo et à Ravenne, rédactrice en chef du magazine CATMOZ.
L’essentiel La réussite des joints de zellige tient à la préparation du support, au choix du mortier et à un nettoyage maîtrisé ; ces étapes garantissent étanchéité et finition sans effacer l’artisanat du carrelage.
Largeur et couleur des joints pour zellige : choix esthétiques et techniques
La largeur du joint influe directement sur le rendu du zellige. Les joints fins (2 à 3 mm) favorisent une lecture continue des nuances. Les joints plus larges (5 à 7 mm) accentuent la géométrie de chaque carreau et rappellent les poses historiques.
Le premier choix est celui de la couleur. Un joint clair (blanc, ivoire) laisse la teinte du carreau dominer. Un joint sombre (anthracite, brun) crée un contraste graphique. Un joint teinté assorti homogénéise la surface et la fait paraître presque monolithique.
Dans la pratique, une série d’essais sur une portion posée « à sec » permet d’apprécier l’effet réel de la teinte du joint sur les variations d’émail. Cette méthode est fréquemment utilisée par les ateliers artisanaux et par les formations de Spilimbergo, qui enseignent le mélange des nuances avant pose. Le rendu final dépend aussi de l’épaisseur du ciment ou du mortier employé.
Sur des formats rectangulaires, la largeur du joint peut moduler la perception du calepinage (chevron, pose droite). Il est recommandé de synchroniser couleur et largeur du joint avec le calepinage choisi pour éviter des tensions visuelles.
Exemple concret : pour une crédence de cuisine en 5×5 cm, un joint de 2 mm blanc cassé offre une unité visuelle. Pour un mur d’accent en 10×10 cm, un joint de 5 mm anthracite donnera une lecture plus graphique et contemporaine.
Pour la durabilité, la couleur ne suffit pas. Il faut également considérer la composition du mortier et sa compatibilité avec l’émail. Les joints exposés à l’humidité devront recevoir un mortier de classe CG2, éventuellement hydrofugé.
Une phrase-clé : la largeur et la teinte du joint sont des décisions esthétiques, mais elles reposent sur des contraintes techniques liées à la pose et au support.
Préparer le support et la pose avant le jointoiement de zellige
Le support conditionne la tenue du carrelage et la pérennité des joints. Un mur ou un sol doit être plan, sain et sec. Avec du zellige (épaisseur ~12 mm) la planéité recommandée est de 5 mm sous une règle de 2 m.
Sur un mur neuf en béton, attendre un séchage adapté. Sur de l’ancien, vérifier l’adhérence du revêtement existant. Les peintures brillantes demandent un ponçage pour créer une accroche mécanique. Dans tous les cas, dépoussiérage et primaire d’accrochage améliorent l’adhérence de la colle C2.
Pour la colle, privilégier une colle à carrelage C2 en version flexible (C2S1 ou C2S2) en zones humides. L’application au peigne (6 à 8 mm) et, pour les formats supérieurs à 10×10 cm, le double encollage réduisent les vides sous les carreaux.
Le calepinage doit être travaillé avant pose : tracer des axes, répartir les teintes en mélangeant contenu de plusieurs caisses, et poser « à blanc ». Ces techniques sont enseignées dans les écoles et pratiquées par les ateliers ravennates dont la production a été décrite dans la production de l’époque justinienne, qui repose sur un même souci de cohérence colorimétrique.
Dans une douche, l’étanchéité est primordiale. Les systèmes modernes (membranes liquides ou bandes SPEC) complétés par des plaques hydrofuges garantissent une base sûre pour la pose et le jointoiement. Pour le sol, vérifier la pente (1 à 2 % vers la bonde) et prévoir des joints périphériques de dilatation.
Un fil conducteur : l’atelier Saïd, fictionnel mais représentatif, réalise autant de tests sur support que de calibrage des teintes avant de jointoyer, ce qui réduit les incidents en phase de finition.
Phrase-clé de fin : sans support préparé, même le meilleur mortier et la plus belle teinte de joint ne sauveront pas la pose.

Technique de jointoiement du zellige : mortier, ciment et geste professionnel
Le choix du mortier conditionne l’adhérence et la finition. Préférer un mortier-joint de classe CG2 pour zones humides. Pour des exigences d’étanchéité, choisir un produit hydrofuge ou ajouter un adjuvant adapté.
Préparer le mortier selon les dosages du fabricant et obtenir une pâte homogène. Appliquer avec une raclette en caoutchouc, en diagonale pour bien remplir l’interstice. Travailler par petites zones (1 à 2 m²) pour permettre un nettoyage rapide avant prise complète.
Le nettoyage se fait avec une éponge humide en mouvements circulaires. Il faut rincer fréquemment l’éponge pour éviter les voiles. Si un voile de ciment persiste, employer un produit spécifique de dévoilement selon les recommandations.
Liste pratique : étapes résumées pour jointoyer un mur en zellige
- Vérifier le séchage complet de la colle (24 à 48 heures selon conditions).
- Préparer le mortier-joint et tester la teinte sur un échantillon.
- Appliquer le joint au racloir en diagonale, remplir complètement les interstices.
- Nettoyer l’excès avec éponge humide avant que le joint ne durcisse totalement.
- Procéder au nettoyage de fin de chantier après 24 heures et traiter les joints si nécessaire.
Un tableau synthétique permet de visualiser l’impact de la largeur du joint et du mortier sur l’esthétique :
| Largeur du joint | Effet visuel | Type de mortier conseillé |
|---|---|---|
| 2-3 mm | Rendu continu, contemporain | CG2 standard, hydrofuge si douche |
| 4-5 mm | Équilibre entre relief et homogénéité | CG2, mortier teinté possible |
| 6-7 mm | Rappel des poses traditionnelles, graphique | CG2 renforcé, ciment coloré |
Phrase-clé de fin : le geste et le timing du nettoyage déterminent la qualité finale de la finition.
Entretien, erreurs fréquentes et recours à l’artisan pour les joints de zellige
L’entretien courant d’un zellige jointoyé se limite souvent à un lavage à l’eau tiède et au savon doux. Pour les traces de calcaire, un chiffon imbibé de vinaigre blanc dilué puis un rinçage abondant suffisent. Éviter les nettoyants acides concentrés et les produits abrasifs qui ternissent l’émail.
Les erreurs les plus fréquentes : poser sur un support humide, utiliser une colle non adaptée (non C2), anticiper trop peu de marge (prévoir 10 à 15 % de perte) et négliger le mélange des caisses de carreaux. Ces erreurs entraînent fissures, décollements ou déséquilibres visuels.
Recourir à un professionnel est recommandé quand la complexité augmente : douche à l’italienne, sol à fort trafic ou poses mêlant plusieurs formats. Un artisan expérimenté maîtrisera le calepinage, la gestion des irrégularités et la sélection des mortiers et ciments appropriés.
La formation et le patrimoine comptent. Les ateliers de Spilimbergo et les pratiques ravennates offrent des repères utiles pour appréhender la matière et sa mise en œuvre. Pour plus d’informations historiques sur les matériaux, consulter la page dédiée aux tesselles et aux traditions de la mosaique musulmane.
Cas pratique : un petit restaurant a choisi une pose mixte, format 5×15 cm pour la crédence et 10×10 cm pour le bar. La coordination des joints (2 mm sur la crédence, 4 mm sur le bar) a permis une lecture différenciée sans rupture d’ensemble. L’atelier a appliqué un traitement hydrofuge sur les joints côté éviers pour garantir l’étanchéité.
Phrase-clé finale : un zellige bien jointoyé combine choix esthétique, mortier adapté et entretien régulier pour traverser le temps en conservant son caractère artisanal.
Le zellige peut-il se poser au sol ?
Oui, si le support est parfaitement plan, rigide et étanche. L’émail supporte le trafic normal, mais il est sensible aux chocs importants. Les zones à fort passage demandent une vérification des spécifications du fabricant.
Faut-il imperméabiliser le zellige après pose ?
L’émail est généralement imperméable, mais le joint peut nécessiter un traitement hydrofuge selon l’exposition. Le choix du produit dépend du type de mortier-joint utilisé.
Peut-on poser du zellige sur de l’ancien carrelage ?
Techniquement possible si l’ancien revêtement est sain, adhérent et plan. En pratique, l’épaisseur ajoutée et les niveaux aux seuils doivent être évalués au cas par cas.
Quel mortier utiliser pour les joints en douche ?
Un mortier de classe CG2, hydrofuge si nécessaire, est recommandé. Compléter avec une membrane d’étanchéité (SPEC) avant la pose pour garantir la durabilité.
Comment tester la couleur du joint avant le chantier ?
Poser quelques carreaux à sec, appliquer un échantillon de mortier et observer sous la lumière ambiante. Mélanger des caisses différentes avant l’essai reflète mieux le rendu final.